Commit 58e39af9 authored by Antoine Fauchié's avatar Antoine Fauchié

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title: "Version : concept"
date: 2020-01-08 10:00
date: 2020-01-09 06:00
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description: "Que recouvre le concept de version dans le champ littéraire et dans une perspective d'étude des pratiques d'écriture ?"
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Que recouvre le concept de _version_ dans le champ littéraire et dans une perspective d'étude des pratiques d'écriture ?
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Les acceptions communes du mot « version » concernent la manière de rapporter un fait, des problématiques de traduction ou les états d'un texte.
Les acceptions courantes du mot « version » se rapportent à la manière de rapporter un fait, aux problématiques de traduction ou aux états d'un texte.
Sans que cela ne soit conscient dans nos usages quotidiens, ce terme a une forte dimension littéraire, il s'agit de récit et de texte.
Définir le concept de version revient à poser les questions suivantes concernant ces lignes que vous lisez : existe-il une déclinaison anglaise ?
Son brouillon est-il disponible ?
Pouvons-nous avoir accès à d'autres variantes de ce texte, formulées différemment ?
Nous concentrons notre analyse à la fois dans une dimension littéraire avec l'édition et la génétique des textes, et dans une dimension numérique avec les outils à disposition et le nouveau paradigme qu'est le _versionnement_ du texte.
Pouvons-nous avoir accès à d'autres variantes de ce texte ?
Nous inscrivons notre analyse à la fois dans une dimension littéraire avec l'édition et l'étude littéraire, et dans une dimension numérique.
Dans le champ littéraire le concept de version s'applique à l'état du texte dans une perspective d'étude et de comparaison.
Dans le champ littéraire le concept de version s'applique à l'état du texte à des fins d'étude et de comparaison.
L'étude littéraire porte sur un document dont la version revêt une forte importance.
Il s'agit de spécifier l'édition qui est examinée, des écarts peuvent exister entre deux éditions, qu'il s'agisse d'une révision de l'auteur ou de l'éditeur, écarts qui portent sur le contenu, mais la forme peut également être concernée.
Les différences peuvent être le reflet d'une évolution intellectuelle ou artistique de l'auteur, la marque d'une censure, ou révéler un choix de l'éditeur – par exemple le passage d'une édition classique à une Pléiade.
La version est alors fixée par l'acte de publication, inscrite dans un processus éditorial complexe, allant de l'auteur à la bibliothèque en passant par la maison d'édition et la librairie.
L'édition qui est examinée doit être spécifiée, des écarts peuvent exister entre celle-ci et une autre.
Une révision de l'auteur ou de l'éditeur peut en être la cause, ces intervalles portent sur le contenu, mais la forme peut également être concernée.
Les différences peuvent être le reflet d'une évolution intellectuelle ou artistique de l'auteur, la marque d'une censure, ou révéler un choix de l'éditeur – par exemple le passage d'une édition grand format à une anthologie.
La version est alors fixée par l'acte de publication, point de départ d'un processus éditorial complexe allant de l'auteur à la bibliothèque en passant par la maison d'édition et la librairie.
L'éditeur décide de figer l'état du texte en publiant l'ouvrage, en l'inscrivant dans une dimension économique et documentaire : en plus d'être commercialisé le livre est enregistré dans une bibliothèque nationale via le dépôt légal – nous prenons ici les cas francophones de la France et du Québec.
Ce geste éditorial est le point de départ de l'inscription d'un texte dans la chaîne du livre.
Et pour la _version_ imprimée cette inscription est physique et aujourd'hui difficilement modifiable, un texte disponible en librairie, acheté par plusieurs milliers de personnes et conservé dans plusieurs bibliothèques ne pourra pas être remplacé ou supprimé facilement, à moins de mobiliser une armée d'opérateurs chargés de se rendre physiquement dans chaque librairie, bibliothèque et maison {% cite bradbury_fahrenheit_1995 --file version-concept.bib %}.
Notons qu'à une époque ou seules quelques versions d'un texte étaient conservées, il aurait été envisageable de toutes les faire disparaître.
Il devient possible de comparer deux versions d'un texte, à des fins de génétique du texte.
Nous pouvons évoquer le travail de Jerome McGann qui a dirigé un projet de logiciel {% cite davis_mcgann_2018 --file version-concept.bib %} pour confronter deux variantes d'un même texte, souvent deux éditions.
Le numérique s'impose comme moyen de travailler autour de plusieurs versions d'une même œuvre, à la fois comme gain de temps considérable, et
{continuer sur Jerome McGann avec son dernier livre}
Avec l'avènement du numérique plusieurs questions surgissent autour de ce concept.
Questions déjà présentes avec l'existence imprimée de textes, mais dont la problématique se cristallise.
Reprenons notre exemple d'une tentative de suppression d'une version d'un ouvrage édité et diffusé.
Et pour la _version_ imprimée ce processus est physique et aujourd'hui difficilement modifiable.
Un texte disponible en librairie, acheté par plusieurs milliers de personnes et conservé dans plusieurs bibliothèques ne pourra pas être remplacé ou supprimé facilement {% cite bradbury_fahrenheit_1995 --file version-concept.bib %}.
Notons qu'à une époque ou seules quelques versions d'un texte étaient conservées, sa disparition totale était envisageable.
Comparer deux versions d'un texte nécessite des protocoles et des outils, nous pouvons évoquer le travail de Jerome McGann qui a dirigé un projet de logiciel {% cite davis_mcgann_2018 --file version-concept.bib %} pour confronter deux variantes d'un même texte.
Le numérique s'impose comme moyen de travailler autour de plusieurs versions d'une même œuvre, à la fois comme gain de temps considérable, et comme nouvel horizon.
Avec l'avènement du numérique plusieurs questions, déjà présentes avec l'existence imprimée de textes, se cristallisent autour de ce concept.
Reprenons notre exemple d'une tentative de suppression ou modification d'une version d'un ouvrage édité et diffusé.
Un fichier numérique est consigné sur des serveurs matériels mais dont la mémoire peut être aisément modifiée.
En 2009 Amazon avait prouvé cela avec beaucoup de perspicacité puisque deux ouvrages de Georges Orwell, _1984_ et _La ferme des animaux_, avaient été effacés des liseuses de nombreux lecteurs {% cite stone_amazon_2009 --file version-concept.bib %}.
La version numérique diffusée et commercialisée par Amazon de ces deux ouvrages n'existaient tout simplement plus.
Il ne s'agit plus de définir comment accéder à une version parmi d'autres, mais de savoir si une version peut exister d'une façon ou d'une autre.
Les versions numériques commercialisées par Amazon de ces deux ouvrages n'existaient tout simplement plus.
De la question de l'accès nous passons à celle de l'existence.
D'une certaine manière cet épisode rappelle les actes de censure étatiques pratiqués à certaines époques sur les publications, dont le dépôt légal est une trace sinon une conséquence.
Alessandro Ludovico aborde la pérennité et l'archivage, fortement liés au concept de version, en posant la question de qui en est chargé et à quels fins.
> En fait, l'utopie d'une bibliothèque des bibliothèques ressemble de manière inquiétante à la vision utopique propagée par les "géants d'Internet" mentionnés ci-avant. Est-il possible (ou même souhaitable) d'organiser de façon définitive la totalité du savoir humaine (dans sa forme la plus traditionnelle et la plus étendue : le mot imprimé) sous une forme ordonnée, dynamique et indexée ?
{% cite ludovico_post-digital_2016 -l 143 --file version-concept.bib %}
En écho avec cette thématique, Alessandro Ludovico aborde la pérennité et l'archivage {% cite ludovico_post-digital_2016 -l 143 --file version-concept.bib %}, fortement liés au concept de version, en posant la question de qui en est chargé et à quelles fins.
Sans nous éloigner de notre objet d'étude, nous abordons ici la problématique des acteurs qui ont la mission ou la maîtrise de la conservation de différentes versions de textes.
Si Amazon ou Google peuvent décider de ne plus permettre l'accès à un document, voir même de supprimer toute trace de l'existence de ce document, alors comment...
Amazon ou Google peuvent décider de ne plus permettre l'accès à un document, voir même de supprimer toute trace de son existence.
Imaginons un scénario encore plus dramatique : ces géants du numérique souhaitant disposer d'une place hégémonique, certains textes pourraient être réduits à n'avoir plus qu'une version.
En parallèle de cette question de pérennité, il y a celle de stabilité.
L'existence imprimée d'ouvrages impose une temporalité longue, au moins avec certaines techniques d'impression qui contraignent à des tirages importants – et donc à un investissement tout aussi important, ainsi qu'un stockage et une diffusion en conséquence –, contraintes remises en cause ces vingt dernières années avec des procédés comme l'impression numérique et l'impression à la demande.
L'existence imprimée d'ouvrages impose une temporalité longue, au moins avec certaines techniques d'impression qui contraignent à des tirages importants – et donc à un investissement, un stockage et une diffusion en conséquence –, contraintes remises en cause ces vingt dernières années avec des procédés comme l'impression numérique et l'impression à la demande {% cite andre_compte_2009 --file version-concept.bib %}.
Le numérique accélère fortement le processus de fabrication et de diffusion d'un livre, qu'il soit numérique ou imprimé.
Si une version différente peut être fabriquée, _à la demande_, pour chaque lecteur différent d'un livre, le travail de génétique du texte devient vertigineux.
Si une version différente peut être fabriquée, _à la demande_, pour chaque lecteur d'un livre, le travail de génétique du texte devient vertigineux – ou passionnant.
Qu'en est-il des fichiers numériques qui peuvent être mis à jour en quelques heures sur plusieurs dizaines de plateformes différentes à travers le monde ?
> La permanence texte est désormais chose du passé.
{% cite vandendorpe_du_1999 -l 181 --file version-concept.bib %}
Répétons-le, le numérique ne fait qu'accentuer un phénomène déjà observable, la stabilité d'une version d'un texte est encore plus bouleversée avec les technologies actuelles – nous préférons la qualification d'amplification à celle de révolution.
Répétons-le, le numérique ne fait qu'accentuer un phénomène déjà observable avant son apparition, la stabilité d'une version d'un texte est encore plus bouleversée avec les technologies actuelles – nous préférons la qualification d'amplification à celle de révolution.
Dans le domaine de la publication scientifique cela se traduit par un problème majeur : comment citer un article scientifique qui peut être modifié à tout moment ?
Si la majorité des moyens de diffusion fige un état d'un article scientifique – l'auteur du présent texte ne peut que constater une faute sur son nom qui ne peut être corrigée sur une plateforme pourtant numérique {% cite bourassa_devenirs_2018 --file version-concept.bib %} –, il existe pourtant des revues qui choisissent d'embrasser le flux numérique {référence non publiée sur Distill}
{Réinscriptibilité (Dacos) + Wikipédia, articulation avec le code.}
Quittons un moment la littérature pour y revenir dans une histoire numérique plus récente.
Nous avons volontairement omis une autre acception du mot version, cette fois dans le domaine de l'informatique.
Nous sommes encore dans le vaste champ du texte, mais un texte pour le moins spécifique, le code.
Les programmes sont écrits avec du texte, celui-ci est rédigé pour d'autres programmes, il s'agit d'instructions qui prennent la forme de langages spécifiques – que les humains peuvent comprendre moyennant un apprentissage.
Un logiciel est composé de code, et défini selon un numéro version, incrémentale.
Souvent nommé de plusieurs chiffres séparés par des points et parfois précédé d'un "V" – par exemple 5.0.80 est la version du logiciel Zotero au 3 décembre 2019 –, ce numéro de version implique une donnée temporelle, les versions se suivent dans le temps.
Si la majorité des moyens de diffusion fige un état d'un _papier_, il existe des revues qui choisissent d'embrasser le flux numérique {% cite fauchie_les_nodate --file version-concept.bib %}.
La question de la réinscriptibilité est présente depuis l'arrivée du livre numérique au début des années 2000 {% cite dacos_read-write_2009 --file version-concept.bib %}, Wikipédia étant le spécimen emblématique en la matière.
Chaque article de l'encyclopédie libre est _versionné_, l'historique est mis à disposition ainsi qu'un outil de comparaison pour visualiser les différences d'un état à un autre, ces deux dispositifs étant inspirés du monde de l'informatique.
Quittons un moment la littérature.
Nous avons omis une signification du mot version, cette fois dans le domaine de l'informatique.
Nous sommes encore dans le vaste champ du texte, mais un texte pour le moins spécifique : le code.
Les programmes sont écrits avec du texte, rédigé pour d'autres programmes via des instructions qui prennent la forme de langages spécifiques.
Un logiciel est composé de code, et défini selon un numéro de version, incrémental.
Composé de plusieurs chiffres séparés par des points et parfois précédés d'un "V" – par exemple 5.0.80 –, ce numéro de version implique une temporalité, les versions se suivent dans le temps.
Pour permettre aux développeurs de travailler ensemble sur ces textes bien particuliers, la gestion de versions est devenue une nécessité.
{Les systèmes de gestion de version à la rescousse.}
Conclusion : ouverture sur la dimension non linéaire du concept de version, la complexité induite par le numérique, et les solutions elles aussi venues du numérique.
Les fichiers qui composent un programme sont versionnés, chaque intervention – une série de modifications – est identifiée, le projet est ainsi documenté.
En plus de créer une série d'états, un système de gestion de version comme Git {% cite demaree_git_2017 --file version-concept.bib %} crée des versions parallèles du projet – des _branches_ – qui peuvent ensuite fusionner avec la version principale de travail.
Les états du texte et le type de modification qu'il a subi sont clairement désignés.
Le terme de « version » a une consonance toute littéraire, jusque dans le domaine de l'informatique.
Le numérique apporte des questionnements sur la manière d'aborder les versions d'un livre ou de tout autre support de la littérature – au sens large.
Cette complexité induite par le numérique, présente dès l'apparition de l'écriture, est aussi une opportunité de repenser notre rapport au concept de version.
Nous sommes désormais placés dans un environnement non linéaire, dans lequel des moyens comme le versionnement apporte quelques clés de compréhension et de maîtrise de cette matière textuel en mouvement.
## Bibliographie
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