Commit f622c7b2 authored by Antoine Fauchié's avatar Antoine Fauchié

edit: fin des notes

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......@@ -287,3 +287,105 @@ L'_épaisseur_ du livre est plus subtile, il manque encore un moyen adéquat pou
"Bref, l’écran de l’ordinateur doit pouvoir communiquer visuellement quantité d’informations qui, dans le monde physique, sont fournies par les dimensions spatiales des lieux parcourus ou, dans l’univers du livre, par des sensations tactiles ou visuelles périphériques, telle l’épaisseur du volume qu’on a entre les mains."
(p. 188-189) Christian Vandendorpe mentionne "des opérations de lecture et d'écriture", il est assez réjouissant de lire de façon claire qu'il ne s'agit pas que de lecture.
## Le CD-ROM : un nouveau papyrus ?
"Un lecteur d’aujourd’hui qui verrait soudainement ses livres familiers réédités en rouleaux de papyrus ne les reconnaîtrait pas. Il aurait beaucoup de mal à retrouver une section précise dans le cœur du texte, faute de table des matières; à localiser un chapitre en particulier, faute de titre courant; à identifier l’emplacement d’une citation, faute de pagination; à repérer les passages portant sur une question donnée, faute d’index; et à déterminer les sources utilisées par un ouvrage scientifique, faute de bibliographie. Et il ne lui serait pas facile de savoir où s’arrêter dans sa lecture, faute de division en paragraphes." (p. 192)
(p. 192-193) Christian Vandendorpe donne de nombreux arguments pour démonter la thèse selon laquelle le CD-ROM serait plus lié au volumen qu'au codex.
"La lecture sur écran ne pourra séduire durablement les usagers que si elle prend appui sur les acquis de la culture de l’imprimé tout en se libérant des limites inhérentes à un support matériel." (p. 193)
## Retour à la page
"Transposée sur ordinateur, la notion de page possède surtout une valeur métaphorique ou indicielle." (p. 195)
Christian Vandendorpe fait un examen méticuleux du concept de page pour l'imprimé, quelque peu différent pour la "page-écran" :
"La principale caractéristique de la page-écran, et qui la distingue du codex, est qu’elle n’est pas limitée à une dimension fixe, car la fenêtre principale peut être munie d’une flèche de défilement vers le bas ou vers la droite." (p. 197)
(p. 198-201) Christian Vandendorpe explore différentes possibilités pour donner/indiquer l'épaisseur d'un texte, une lisibilité sur écran apporte autant de clarté qu'avec un codex.
## Nouvelles dimensions du texte
(p. 203-205) Christian Vandendorpe revient sur les "événements" que devraient, selon lui, contenir tout hypertexte : à la fois pour compenser la froideur d'une lecture numérique (ordinateur), pour retenir l'attention du lecteur, et pour proposer une nouvelle dimension par rapport à l'imprimé.
Dans mon cas personnel je préfère le contexte physique de mon ordinateur portable à celui de ce livre aux pages trop blanches et au dos trop collé...
Il est intéressant de noter que presque 20 ans plus tard presqu'aucun des artifices imaginés par Christian Vandendorpe n'a été retenu (exemples de Wikipédia et d'autres lecture _enrichies_).
## Métaphores de la lecture
(p. 207-208) Les métaphores qui définissent la lecture d'un livre et d'un hypertexte/hypermédia divergent : recueillir tel le glaneur d'un côté, naviguer en terre inconnue de l'autre.
"Mais peut-on dire du hardi navigateur qu’il lit encore? Certes, il est obligé de lire pour se rendre d’un nœud à un autre. Mais, dans la mesure où il navigue, sa lecture sera hachée, rapide, instrumentale et entièrement orientée vers l’action."
"Sur le Web, le lecteur est devenu son propre navigateur parce qu’il n’y a pas ici de texte unique et que, pour avancer, le lecteur a besoin de prendre des décisions constantes, au gré des nœuds qui s’offrent à sa vue et qu’il parcourt d’un œil rapide sans jamais s’y établir." (p. 209)
(p. 210-211) L'hypertexte apporte des outils plus précis pour la lecture _recherche_, sans avoir d'incidence a priori sur les lectures _précises_ ou rapides.
## Mieux gérer les hyperliens
"Aussi n’est-il pas excessif de dire, sans jeu de mots, que la problématique des liens constitue le maillon faible de la nouvelle organisation textuelle proposée par l’hypertexte." (p. 213)
Les propositions de Christian Vandendorpe sont intéressantes : recontextualiser les hyperliens pour avoir quelques informations _avant_ de cliquer.
## Frontières du livre
"Ce jugement oblige ainsi à prendre une certaine hauteur par rapport à la question initiale et nous rappelle qu’un livre renferme de l’écrit dans une intention donnée. Cette intention répond à deux impératifs majeurs: portabilité et pérennité." (p. 216)
(p. 216-217) Un livre est donc portable et pérenne.
Un livre "électronique" est portable (ou presque en 1999) en revanche sa pérennité est plus complexe.
Quoique celle de l'imprimé étant déterminée par sa conservation matérielle ou sa reproductibilité, l'hypertexte offre une bien plus grande propension à être reproduit (archives du web).
"Aussi le livre papier continuera-t-il longtemps à exister en parallèle, comme moyen de re-connaissance sociale et culturelle." (p. 217)
"Un hypertexte n'est jamais clos." (p. 218)
"Dans de nombreux cas, donc, le projet de lecture ne sera plus déterminé par un auteur ni par une structure éditoriale, mais par des choix personnels organisés autour d’une thématique et menés à terme avec l’aide d’agents informatiques." (p. 220)
## Lecteur, usager ou consommateur de signes ?
"La lecture consiste à recueillir systématiquement des indices convergents participant d'un même univers de sens." (p. 221)
"Le lecteur est, par essence, quelqu’un qui se consacre, pour une durée déterminée, à la perception, à la compréhension et à l’interprétation de signes organisés en forme de message." (p. 222)
(p. 224-225) L'addiction à Internet est du même ordre que celle des livres : un désir de lire ou de communiquer.
Il peut y avoir un effet zapping et consommation du même ordre entre les deux, décuplé avec le web.
## Je clique, donc je lis
"En ce sens, [le zapping] va fondamentalement à l'encontre du projet même qui a guidé l'écriture traditionnelle, qui vise à développer un sujet de façon exhaustive, dans le but d’en proposer une synthèse nouvelle." (p. 229)
"Le lecteur qui aborde un livre est sans cesse porté au-delà de ce qu’il est en train de lire par la promesse d’un dévoilement essentiel – qu'il s'agisse du dénouement d'une intrigue romanesque, de l'appréhension du mystère d'une vie ou d’une compréhension plus large de l’univers." (p. 230)
"Aussi la lecture convient-elle idéalement à un travail de sédimentation cognitive et permet-elle d’inscrire un énoncé dans la durée en lui donnant épaisseur et densité, alors que le monde de l’oralité primaire ne permet d’approcher la densité que par la répétition." (p. 232)
## Entre codex et hypertexte
(p. 235-236) Il faut envisager une modification du lecteur, par le fait d'une lecture personnalisable : le lecteur choisit ce qu'il lit et comment il le lit, dans un _livre_ (électronique).
"On savait déjà que deux personnes qui avaient lu le même livre pouvaient ne pas en avoir fait une lecture identique. Désormais, elles n’auront pas lu le même livre!" (p. 236)
"En fait, plus que par l’oralité, c’est par la séduction de l’image que le texte et la littérature sont aujourd’hui le plus concurrencés. En même temps, l’écrit, devenu omniprésent, subsistera au moins pour une de ses fonctions, qui est de permettre la fixation d’une pensée et d’en faciliter la communication et l’élaboration, d’une façon illimitée." (p. 237)
"Aujourd’hui que le traitement de texte et les correcteurs orthographiques donnent à tout un chacun la possibilité de produire, voire de publier sur papier ou sur le Web un texte d’allure professionnelle, on peut s’attendre à ce que l’écrit fasse plus étroitement partie de l’expérience individuelle que jamais auparavant. En fait, le texte dispose maintenant, pour le soutenir, d’un média de plus." (p. 238)
"L'ordinateur est un média qui s'ajoute à la panoplie des moyens existants." (p. 238)
Ceci ne tuera donc pas cela.
(p. 238-239) La fragmentation est propre à l'hypertexte, mais elle n'est pas nouvelle et déjà présente dans le livre imprimé.
(p. 240-241) Le fragment, la forme qui semble être celle de l'hypertexte, peut apporter des avantages, une nouvelle manière d'écrire et de lire, mais le livre continu est un plus dans la dimension de cohérence intellectuelle.
"Il en va tout autrement de la lecture hypertextuelle sur écran où, faute du concept de livre ou à tout le moins d’une entité unifiée par une même maquette et une même intention, chaque fragment est isolé, pur atoll de sens auquel le lecteur accède au hasard des liens qu’il a activés." (p. 242)
"Alors que le texte imprimé consacre par excellence le triomphe de l’idée fixe et de la cohérence, l’hypertexte donne au lecteur – et à son auteur – la liberté dont jouit le causeur."
(p. 242-243) L'absence d'unité proposée par l'hypertexte, à l'inverse du livre, pourrait amener à une lecture partielle et à du _zapping_, tout autant que susciter et exacerber une lecture active et réfléchie, en réseau.
"Mais il ne faut pas se cacher non plus le fait que l’écriture hypertextuelle destinée à la publication entraîne des contraintes qui excèdent de loin celles de l’écriture traditionnelle. Pour faciliter la tâche du lecteur et lui donner un certain contrôle sur la gestion de l’information qui lui est présentée, le producteur du texte devra consacrer un temps considérable à la mise en forme de la matière textuelle, en la segmentant et en établissant des liens d’un fragment à un autre." (p. 243-244)
Comment structurer ou découper un texte dans le cas de l'hypertexte ?
Où s'arrêter ? Comment éviter les contradictions ? Quel titre donner à tel fragment ? L'auteur fait une analyse fine du problème.
Il est étonnant que Christian Vandendorpe pose cette question car il a lui-même réussi à segmenter son livre en fragments lisibles dans n'importe quel ordre.
Je me demande s'il y a déjà eu des tentatives de rédaction de thèses sous cette _forme_.
"Un texte n'est pas un empilement de modules, pas plus que nos pensées ne sont assimilables à des blocs Lego standardisés susceptibles de se combiner indifféremment les uns des autres." (p. 246)
"Considérée en soi, la spécificité de la lecture réside précisément en ceci qu’elle fait échapper l’activité de compréhension et de construction du sens à la linéarité du temps de la parole." (p. 247)
"L'ordinateur annonce une révolution radicale en autorisant tout un chacun à devenir producteur et distributeur de textes." (p. 248)
Oui effectivement c'est ce qui s'est passé au début des années 2000, les blogs ont probablement été une première expérimentation.
Toutefois la légitimité et la reconnaissance des auteurs ne sont pas facilitées (ou faussement).
"À terme, le lecteur tendra à exiger que chaque œuvre apparaisse sur le support le plus adéquat et le plus fonctionnel, compte tenu des usages de lecture prévus." (p. 248-249)
"Mais le codex va certainement aussi se trouver une nouvelle vie, indépendante du support papier, dans le livre numérique." (p. 249)
Christian Vandendorpe marque une distinction importante : le livre numérique n'est pas l'hypertexte.
Il s'agit d'une annonce du format EPUB, sans le nommer.
"La conclusion la plus sûre est que nous allons vers une hybridation et une diversification des supports de lecture, en même temps que des genres de textes et des types de lecture." (p. 249)
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